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Arnaud HoyoisÉditionsDernière édition

Quindi... Crises de fin de décennie - 1. Une Crise Alimentaire mondiale, un "tsunami silencieux", qui exige une réponse internationale exécutée en trois temps

©  Arnaud Hoyois -

Quindi_fao_avril_2008_crise_alime_2 La formule a été trouvée par Josette Sheeran , Directrice Générale du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies ( PAM - WFP ), le " Tsunami Silencieux ", est en réalité une vague inflationniste impressionnante des produits alimentaires à l'échelle mondiale. Cette augmentation des prix des aliments, sans augmentation correspondante du pouvoir d'achat, a déjà causé des émeutes et des crises gouvernementales dans une série de pays répartis sur tous les continents (notamment en Haïti, Egypte, Indonésie, Philippines, Thaïlande, Côte d'Ivoire, Cameroun); 37 pays sont menacés par des réductions importantes de leurs stocks agricoles (voir carte), l' insécurité alimentaire , pouvant aller dans certains cas jusqu'à la généralisation de la malnutrition , a eu pour effet la mise en place de mesures gouvernementales urgentes (plusieurs pays comme le Yémen, le Pakistan, et l'Egypte ont mis en place un système de rationnement du blé; la Côte d'Ivoire a limité les droits de douane de produits agricoles; l'Ethiopie a éliminé la TVA sur les productions agricoles; le Mexique a accéléré ses financements aux petits agriculteurs, etc.). Pour les mieux lotis, les viandes ont été éliminées des régimes alimentaires, ainsi que l'accès aux services santé afin de pouvoir financer des repas quotidiens, ce groupe comprendrait approximativement un milliard de personnes selon M. Rajat Nag de la Banque Asiatique de Développement (BAD); pour les autres, à peu près 100 millions de personnes (selon le Président de la Banque Mondiale, Robert Zoellik ), le nombre de repas par jour a diminué; le résultat global est l'élimination d'une décennie de croissance économique pour ces deux derniers groupes. Les troubles géopolitiques crées par cette crise n'avaient pas été prévus. En Haïti, la hausse des prix des aliments de base (+50% sur le riz, les haricots, le lait, et les fruits en moins de trois mois) ont provoqué des émeutes, la mort de cinq personnes, 200 blessés, et la destitution du Premier Ministre Jacques Edouard Alexis par le Sénat, le 12 avril 2008. En Egypte, à la veille des élections municipales, des émeutes explosent pour cause de pénurie de pain et inflation accélérée (le Président Hosni Moubarak aura demandé à l'armée de produire du pain). Aux Philippines, l'augmentation du prix du riz (+50% en deux mois) fait chuter au plus bas la popularité du gouvernement de Gloria Arroyo et l'oblige à rationner le stock national de riz (le stockage non autorisé est passible de la prison à vie). Au Cameroun, la tentative du Président Paul Biya d'étendre son mandat (âgé de 75 ans, il est au pouvoir depuis 25 ans), a fait l'objet de contestations démultipliées par les troubles liés aux augmentations des prix des denrées alimentaires et de l'essence; 24 personnes auront trouvé la mort pendant les révoltes.

Les causes principales de ce revirement (rectifiant un équilibre vieux de 30 ans avec des prix relativement bas et des subventions importantes) sont liées à l'agrégation de plusieurs tendances mondiales qui agissent sur les marchés des matières premières au même instant, plutôt que de manière évolutive (à terme, les effets de marché devraient augmenter la production agricole mondiale). Il s'agit pour l'essentiel de l'augmentation du prix du pétrole (passé en 5 ans de $30 le baril à $120 aujourd'hui) qui augmente le prix de production des fertilisants et des coûts d'utilisation des machines agricoles; de la spécialisation progressive des productions des pays en développement afin de répondre aux tendances inflationnistes (permettant ainsi des bénéfices records sur certaines matières premières, mais sans que la répartition de ces bénéfices n'augmente le pouvoir d'achat des consommateurs locaux); de la répartition des productions agricoles en productions alimentaires et productions pour les biocarburants (ces derniers ont surtout impacté les productions céréalières des Etats-Unis et du Brésil; aux Etats-Unis, la part de la production de maïs consacrée à la production d'agro-carburants est passée de 6% à 23% entre 2005 et 2007) qui ont atteint en 2008, 10% de la production alimentaire mondiale (soit 100 millions de tonnes), l'équivalent approximatif du déséquilibre alimentaire créé ces dernières années sur les marchés mondiaux selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture); de l'augmentation des productions alimentaires intermédiaires destinées aux consommations alimentaires finale de viandes et poissons (qui explosent compte tenu de l'arrivée sur le marché des classes moyennes chinoise, indienne, russe, et brésilienne; pour les deux premiers, elles ont été respectivement multipliées par 8 et par 3 en moins de vingt ans), plutôt que des productions alimentaires moins consommatrices en produits intermédiaires (riz, blé, soja, etc.); de phénomènes climatiques de 2007, avec des récoltes moins importantes pour cause de sècheresse (Lesotho, Somalie, Ghana) ou d'inondations (Equateur, Bolivie, Sri Lanka); de la spéculation sur les prix des matières premières, liée au transfert des montants réservés à la spéculation sur l'immobilier après la crise des subprimes , vers d'autres valeurs spéculatives (ce mouvement a empiré après la recapitalisation des banques, suite au choc des subprimes), mais aussi à l'effet d'annonce de la réduction des stocks mondiaux de matières premières, et de la cessation des exportations de certains pays (Egypte, Indonésie, Inde, Ukraine, etc.) qui favorisent dorénavant les marchés nationaux (au total, 48 pays auront eu recours au contrôle des prix, la mise en place de subventions d'urgence pour les consommateurs, la restriction des exportations, ou la réduction des droits de douane); et de la destruction progressive des terres arables suite à l'urbanisation des meilleures terres (très visible en Asie), la désertification (en Australie et dans le Sahel), et l'érosion des terres - bien que cette perte de terres arables ( estimée entre 70 000 et 140 000 km2 par an) soit compensée par l'augmentation des rendements. L'effet de l'augmentation des prix des matières alimentaires se fait sentir sur l'ensemble de la planète, mais son impact est d'autant plus désastreux dans les pays en développement et les pays les moins développés, compte tenu de la part plus importante de l'alimentation dans les budgets; le Directeur Général de la FAO, Jacques Diouf , qui appelle de ses voeux une deuxième Révolution Verte , répète inlassablement que les importations céréalières des pays les moins avancés ont déjà augmenté de 37% en 2007 et devraient augmenter de 56% en 2008 (le prix mondial du blé a augmenté de 77% en 2007, celui du riz de 16%; depuis le début de 2008, le prix du riz a augmenté de 141%), provoquant ainsi " un impact dévastateur sur la sécurité de nombreux peuples et sur les droits de l’Homme ". 

Plusieurs stratégies de sortie de crise se présentent, leur formulation dépend en grande partie de l'orientation idéologique des personnes, gouvernements, ou organisations internationales qui les prônent. Cela n'empêche pas les solutions d'être concomitantes, il est alors nécessaire de rechercher une cohérence d'ensemble afin d'éviter de multiplier les financements inutilement et de laisser des zones d'ombres à l'action internationale et locale, en matière agricole, politique, économique, ou scientifique. De même les solutions peuvent être réparties en fonction de leurs effets à cout, moyen, ou long terme, sachant que des solutions mal réfléchies à court terme pourraient empirer la crise à long terme. De plus, les nouvelles stratégies doivent prendre en compte les nouveaux aléas de la crise climatique et des crises alimentaires antérieures (crises sur la sécurité alimentaire: ESB - vache folle , H5N1 - grippe aviaire , etc.).

Quindi_fao_pam_avril_2008_crise_a_3 La stratégie à court terme doit, en premier lieu, reprendre les demandes du Programme Alimentaire Mondial, à savoir $756 millions pour compenser le surcout des aides alimentaires des nations qui souffrent de malnutrition et famine. Bien que de nombreuses promesses de dons aient été formulées par les gouvernements américains (les Etats-Unis ont déjà promis le déblocage d'un milliard de dollars), européens, et asiatiques, ces promesses cherchent à compenser politiquement les subventions accordées aux producteurs de biocarburants, augmenter les financements d'urgence à destination de leurs propres producteurs (25% des fonds américains destinés à l'achat de biens agricoles devraient faire l'objet d'achats locaux), et forcer les pays en développement ayant bloqué leurs marchés nationaux (afin de bloquer la montée des prix) à les ouvrir à la concurrence internationale à nouveau. Les subventions agricoles des pays développés représentent $350 milliards annuellement. Le Fond International pour le Développement de l'Agriculture ( FIDA ) précise aussi que les fermiers des pays les moins avancés ne peuvent se permettre d'acheter les engrais et les semences nécessaires pour les prochaines récoltes (ce problème se pose même dans des pays en développement comme le Kenya, le Malawi et l'Ethiopie). Pour cela, il pense débloquer $200 millions, mais cette donnée permet déjà de se faire une idée de l'état de délabrement de la production agricole, et de l'économie locale en matière de financements agricoles dans ces marchés, et ce malgré des prix des matières premières extrêmement élevés. Les banques de développement régionales doivent assumer pleinement leur rôle d'incitateur économique en matière agricole en assouplissant les conditions de crédit pour les investissements agricoles des petites fermes (estimées à 450 millions à l'échelle de la planète), mais aussi en incitant les banques privées à limiter les conditions financières pour les besoins de trésorerie saisonniers des plantations agricoles. Par ailleurs, la stratégie des gouvernements face aux marchés fluctuants de matières premières doit dépendre de la situation de chaque pays. Des pays avec des cultures vivrières importantes, et un nombre considérable de petits producteurs bénéficiant de la hausse des prix, doivent laisser leurs marchés ouverts; cependant que des pays avec un nombre important de travailleurs sans terres, ne vivant que de leurs salaires d'ouvriers agricoles ou d'aides gouvernementales / internationales, comme le Bengladesh, doivent protéger leur marché intérieur afin d'éviter une montée vertigineuse des prix, qui cause déjà une sévère augmentation de la malnutrition de pans entiers de la population. Le risque d'une vague de fermetures de marchés nationaux causant des paniques sur l'ensemble des marchés peut déjà se voir à une échelle régionale, avec l'Inde et l'Indonésie qui ferment leurs marchés respectifs, et renchérissent les importations des Philippines.

A moyen terme, il doit être question d'améliorer l'aide alimentaire mondiale, et non seulement d'augmenter la production des pays développés (la production agricole américaine d'hiver devrait augmenter de 4% en 2009, et la production céréalière de l'UE devrait augmenter de 13%), ou celle de quelques pays en développement (l'Inde devrait augmenter sa production en 2008 ainsi que l'Afrique du Sud). Une aide permettant, en aval, la distribution d'aliments (PAM) et, en amont, des recherches et études sur l'agriculture et l'agro-industrie, ainsi qu'une assistance technique (FAO) et des micro-financements de projets de modernisation agricole (FIDA) ne suffisent plus. Il est nécessaire de s'attaquer aux disfonctionnements économiques locaux en faisant la promotion de cultures vivrières, de marchés locaux (avec, quand cela est possible, de bourses locales, comme celle récemment mise en place en Ethiopie, ou celle du Gabon), d'exportations régionales, à travers un financement de productions locales plutôt qu'une aide alimentaire qui renforce la dépendance. Ces disfonctionnements étant souvent liés aux conditions politiques existantes dans les pays les moins avancés (conditions spécifiques à chaque pays), il est nécessaire d'englober cet effort de re-dynamisation économique dans une politique de coopération internationale cohérente. Les institutions financières internationales ( Banque Mondiale mais aussi les banques régionales comme la BAD , la BAfD , la BID , la BERD et la BEI ) ont été défaillantes sur les investissements agricoles ces 20 dernières années, elles ont même empiré le problème à travers les Plans d'Ajustement Structurels du FMI (en favorisant, dans les pays où les PAS sont en cours d'application, la production agricole réservée aux exportations), comme l'indique Olivier de Schutter , le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation. A l'autre extrême de la chaîne alimentaire humaine, les pays producteurs doivent lever une partie des aides aux producteurs de biens agricoles. En premier lieu, il s'agit de mieux réguler les productions réservées aux biocarburants (il n'est pas possible de transformer du jour au lendemain l'économie brésilienne fortement dépendante en biocarburants - bioéthanols -, mais de progressivement trouver des produits de substitution - voir paragraphe suivant), éviter, par le biais de moratoires puis d'interdictions légales, les productions réservées aux biocarburant à base de maïs (Etats-Unis), colza et huile de palme (Indonésie), et enfin éviter les biocarburants de deuxième génération à base de déchets agricoles, qui consomment plus d'eau que ceux de première génération. En un deuxième temps, les négociations sur les subventions agricoles du Cycle de Doha ayant lieu à l'Organisation Mondiale du Commerce ( OMC ), doivent être redémarrées en prenant en compte la nouvelle donne des marchés des matières premières (produits agricoles mais aussi prix des produits énergétiques et prix du transport international) afin de réellement permettre une diminution progressive des subventions agricoles des pays développés, réajustant ainsi les prix des productions, sans pour autant diminuer les quantités produites, et une augmentation des productions locales dans les pays en développement (un nouvel équilibre économique doit être trouvé en usant de la capacité d'investissement des pays développés). La mise en place de conditions, limitées dans le temps, protégeant les agricultures vivrières de certains pays en développement, notamment ceux ayant souffert de politiques exclusivement tournées vers les exportations suite aux PAS du FMI, devront être examinées. Il s'agirait ainsi de permettre, l'image de ce qu'a fait la PAC mais aussi les accords d'association et d'adhésion de l'UE (ou d'autres ensembles régionaux avec des marchés économiques ouverts aux partenaires régionaux), de protéger certains secteurs d'activité avant de les soumettre à nouveau à une concurrence mondiale.

A long terme, le problème des biocarburants peut être réglé par une gestion agricole optimisée. Les biens agricoles, réservés aux biocarburants, pouvant servir d'aliments pour consommation humaine ou animale, doivent, faute d'une augmentation du rendement agricole dépassant l'augmentation des consommations humaines, servir prioritairement aux consommations humaines et animales. Néanmoins, afin de ne pas perdre les gains environnementaux issus de l'utilisation de biocarburants, il serait possible de se servir d'aquacultures comme certains types de planctons, qui ne pourraient servir à la consommation humaine ou animale, pour alimenter les productions de biocarburants (d'autres pistes à explorer seraient les mousses végétales, ou les terres peu fertiles qui permettent des productions de sorgho ou jatropha ). Les investissements dans des technologies énergétiques parallèles permettant un développement durable (pas de consommations de matières premières, y compris l'eau, pas de déchets) resteront la principale priorité énergétique, ainsi que la réduction des consommations énergétiques des pays développés. Du point de vue agricole, l'extension des terres arables n'est pas souhaitable pour des questions de protection de l'environnement, et des solutions de rendement agricole, ainsi que de lutte contre la désertification et raréfaction de l'eau douce, doivent, à nouveau, devenir prioritaires. Pour ce qui est des mécanismes de marché, une nouvelle réglementation doit être mise en place pour la propriété intellectuelle des engrais produits par les agro-industries. Leurs prix prohibitifs empêchent parfois la rentabilisation de propriétés agricoles de petite taille, et ce malgré les prix élevés des produits alimentaires. Un mécanisme doit être mis en place pour éviter les spéculations de marché excessives sur les produits agricoles, à l'image de ce qui avait été réalisé par la Politique Agricole Commune ( PAC ) en Europe, ou de ce qu'envisage de mettre en place l'Inde. Finalement, les gouvernements des pays les moins développés, avec l'aide des institutions de financements internationales doivent entreprendre des travaux pour améliorer l'irrigation et développer des semences adaptées, permettant une optimisation dans les conditions écologiques et climatiques locales. Au niveau international, une approche plus active envers les " zones mortes " maritimes (estimées à 200 zones en 2007) relancerait, à long terme, la consommation de poissons, permettant ainsi des régimes alimentaires plus équilibrés; l'état actuel de la pêche internationale éliminerait, d'ici 2050, 90% des espèces rares (avec une production annuelle constante de 70 millions de tonnes de poissons); par ailleurs, l'utilisation de pesticides dans l'agriculture, accélèrerait la croissance du nombre de zones mortes côtières.

Quindi... Aucune solution à court terme ne permettra de dépasser la crise alimentaire mondiale. Les récoltes d'automne 2008 influenceront les prix des marchés de produits alimentaires, mais un nouveau cycle de malnutrition exacerbée devrait démarrer, malgré les interventions internationales d'urgence. Les effets se feront inévitablement sentir à court et à moyen terme, deux exemples : au Salvador, les personnes les plus pauvres consomment la moitié de ce qu'elles consommaient avant la crise; en Afghanistan, les consommations alimentaires représentent 50% du budget actuel des ménages, par rapport à 10% en 2006. A moyen terme, la mise en place d'un Plan d'Action Globale coordonnée entre les 27 agences de l'ONU qui se sont emparées du problème, devra permettre une réduction de l'impact humanitaire de la crise, au risque, comme l'a précisé le Secrétaire Général de l'organisation, Ban Ki Moon à Accra, " de provoquer une cascade d'autres crises [...], d'affecter la croissance économique, le progrès social et même la stabilité politique à travers la planète ". La recherche d'une solution à long terme devrait aussi passer par une amélioration agro-technologique à l'image de ce qui s'était fait lors de la première Révolution Verte. Un ingénieur agronome américain, Norman Borlaug , avait alors réussi à développer une variété de blé plus résistante aux maladies, avec un rendement supérieur qui a permis de démultiplier la production mondiale, notamment en Inde, au Pakistan, et au Mexique; il a reçu le Prix Nobel de la paix en 1970. Cela ne signifie pas abandonner le principe de précaution en matière d'OGM, mais de l'appliquer avec sagesse, et non pas de manière dogmatique, empêchant toute amélioration conséquente de rendements, qui pourraient changer la donne des problèmes alimentaires mondiaux.

Entre temps, de nombreuses solutions écologiquement viables existent déjà pour développer les productions alimentaires, notamment les productions liées à la pisciculture et au bétail. Il s'agirait notamment de changer le régime alimentaire afin de réduire la part conséquente de la production alimentaire consacrée à nourrir du bétail ou des poissons à forte valeur ajoutée (saumon, thon). Une approche plus équilibrée des productions agricoles, avec des fermes intégrées, en usant des matières d'une production agricole pour la consommation d'un autre type de production agricole sur le même site, permettrait d'augmenter le rendement des fermes et réduire les déchets de production. Par exemple, dans le cas de la pisciculture, l'utilisation d'algues, d'oursins, et / ou de moules dans des réservoirs de saumons, permet de limiter la production de nitrogène par les poissons, les maladies qui se développent dans les monocultures, le recyclage de l'eau, et créer une production secondaire qui peut être revendue (les moules se développent deux fois plus vite à proximité des saumons, d'autres espèces nettoient les réservoirs de cultures de gros poissons, c'est le cas des huîtres, de coquilles saint jacques et d'autres crustacés) tout en nettoyant l'écosystème; le développement des ostréicultures, ainsi que les cultures de crustacés, permet aussi le développement de récifs artificiels qui attirent certains types de poissons comme les aloses; dans les rizières d'Asie du Sud Est, l'utilisation d'algues ou de poissons permet de développer des productions secondaires (un hectare de riz pouvant produire jusqu'à 1500 kilos de poisson par an), souvent vendues comme du poisson frit (tradition vieille de 3000 ans en Chine), et limiter les maladies humaines (malaria,) et végétales (moins d'herbicides sont nécessaires car les poissons mangent les herbes non essentielles); dans le cas de l'élevage de cochons, une alimentation plus appropriée permet de réduire les émission de méthane (dommageable pour l'atmosphère); il a aussi été remarqué que la réintroduction d'espèces végétales ou animales historiquement liées à un écosystème permettait de plus grands rendements que l'importation d'espèces étrangères. Les études récentes (cf. Worldwatch Institute) démontrent que la production agricole biologique pourrait se développer plus facilement dans les pays en développement et permettre des rendements jusqu'à trois supérieurs aux productions agricoles en diminuant l'utilisation d'engrais et semences modernes. Le transfert d'une partie des productions d'espèces très consommatrices en nourriture (dont une partie issue d'antibiotiques polluant les eaux environnantes) et énergie (recyclage d'eau, etc.), comme le saumon, le thon, ou le cabillaud, vers d'autres cultures plus abondantes, comme les carpes, les poissons-chats, ou les crustacés, créerait un équilibre marin renouvelé. Pour inciter ce changement de consommation, il serait nécessaire de mettre en place des campagnes marketing de mise en valeur de produits alimentaires différents, réalisées par des acteurs privés avec l'aide des acteurs publics (avec la mise en place de labels ou de campagnes publicitaires génériques); quelques exemples mis en place au Pérou, avec la réintroduction d'espèces de patates ou de poissons (anchois) peu consommées, grâce à des campagnes de marketing, ont permis une augmentation conséquente de la consommation nationale (et donc de productions vivrières avec la réduction des importations agricoles). Permettre la régénération des zones mortes maritimes pourrait s'effectuer rapidement, avec l'interdiction de certains types de pêche en haute mer, qui ratissent des pans entiers de fonds marins à la recherche de quelques espèces; ce type de pêche est aussi très consommatrice en énergie pour les besoins des navires mais surtout ceux de préservation des pêches pour le voyage de retour vers les ports de déchargement. L'interdiction de pêche dans certaines zones maritimes (20% des océans) serait probablement le moyen le plus économe pour régénérer les populations de poissons (il a été remarqué que les zones environnantes aux zones interdites deviennent rapidement des zones de pêche très rentables). La diversification des consommations alimentaires telles que prônées par quelques groupes comme Slow Food , permettrait déjà d'avancer de manière considérable vers un rééquilibrage des productions et consommations.

Actu324 Ce billet est le premier d'une série que j'espère écrire sur les Crises de Fin de Décennie (crises alimentaire, financière, pétrolière, du dollar, climatique, etc.). Un autre billet traitait déjà des problématiques liées à l'eau et à la Géopolitique de l'eau .

Je souhaite rendre hommage au travail pédagogique considérable de Roméo Lucibello et Thomas Guénolé des GrozBulles ; à travers leur humour ou leurs articles , ils nous obligent à prendre conscience de l'ampleur de cette crise et prendre parti. La "Bulle" sur la colonne de gauche de l'article est leur oeuvre (plusieurs autres sont disponibles sur ce sujet sur leur site), Merci à tous les deux!

De même je souhaite signaler le travail épatant réalisé par Vincent15 sur son blog Démocratie Durable et la remarquable compilation de données sur ce sujet par Juju41 sur le Forum Demosweb . Pour tous ceux qui s'intéressent à l'approche économique du développement durable, une de mes grandes sources d'inspiration est le Worldwatch Institute

*Compte tenu des urgences alimentaires qui se multiplient à travers la planète, le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies a lancé la campagne "Fill the Cup" ("Remplissez la tasse"). Si vous souhaitez, comme moi, afficher ce lien sur votre blog (en bas à droite du blog, rubrique "Urgences"), voici les codes html:

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  • en noir et blanc:

A lire: FAO Agriculture Mondiale Horizon 2015 / 2030


© Arnaud Hoyois : Quindi... Crises de fin de décennie - 1. Une Crise Alimentaire mondiale, un "tsunami silencieux", qui exige une réponse internationale exécutée en trois temps

Repris par Journal MoDem, Papyrus et vélins, grodem,mouvement (vaguement) démocrate grolandais, La foire du centre, De France et d'Ailleurs, Left & Center Citizens (LCC), Le Journal d'Odanel

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