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La pêche française court-elle droit à la côte ?

© Ar Brezonneg - source Agoravox - infos
21.05.08 | 08:09


Je suis atterré par ce qui se passe : la mer, l’océan deviennent des déserts... Les fonds sont ravagés par des engins de plus en plus destructeurs... Les équipements de détection (Sonar, Sondeurs divers, moyens de positionnement) sont redoutablement précis...

Avec les chaluts pélagiques qu’ils soient du type "Naberan", ou à "trappe" ou avec "chaussette losange", traînés en bœufs, ou en solo, le résultat est le même : 90 % du poisson est rejeté par dessus bord !

N’est comptabilisé en réalité que le poisson présentable "sous taille" !... Car c’est celui qui est visible dans les objectifs de quota. Cette tricherie est une des causes de cette destruction terrible de l’océan...

Quand je navigue et que j’observe les fonds au sonar, ces fonds sont vides... Il n’y a plus rien ! C’est dramatique ! Cela ressemble à une baignoire aux eaux désertes... C’est navrant !

Aujourd’hui, les pêcheurs se lamentent parce qu’ils ont détruit la faune des océans. Cette faune ne se renouvelle plus. Le seuil de non-renouvellement de beaucoup d’espèces est dépassé depuis longtemps...

On n’a pas pu par moyens réglementaires, ou par simple sagesse, réduire réellement les prélèvements exagérés pratiqués par certaines techniques de pêche : pêche minotière ou pêches aux chaluts, filets et bolinches. Cette réduction va se faire indirectement toute seule par le renchérissement du pétrole… Bruxelles n’aura même pas à intervenir, si ce n’est sur les aides indirectes qui fausseront la concurrence car contraires aux règles bruxelloises…

Le système de taxation destiné à compenser le coût des pétroles renchérit en fait au comptoir le prix du poisson. Ce "prix" n’avait pas besoin de cela !

Il serait intéressant de se pencher réellement sur la "fabrication" du prix du poisson. Fabrication d’un prix qui est la convergence des coûts afférents au bateau (amortissement et fonctionnement), à son équipage (parts, ENIM, etc.), des équipements et engins, des taxes portuaires et de pêche, les coûts des mareyeurs, du transport, et du commerçant final. Ce n’est pas le prix obtenu à la criée qui gonfle les coûts : il est systématiquement maintenu trop bas par entente entre mareyeurs en fait. Puis, cette chaîne qui multiplie au moins par 10 pour certaines espèces, voire par 20, sinon par 30 pour d’autres espèces… Le pêcheur qui a pris tous les risques est lui spolié, roulé… La part afférente à ceux qui se « servent » devrait être transférée au « producteur » lui-même et cela par voie réglementaire ! Sinon, le résultat sera moins de vente et, par conséquent, sera la cause d’une accélération du désarmement de ces navires industriels d’abord, et de la « petite pêche » ensuite…

On n’est plus à l’époque 1945-1955, où le poisson proliférait partout, cela à cause de l’absence de pêche durant la Seconde Guerre mondiale. Eh oui ! Aller en mer, c’était alors encore plus dangereux !

Maintenant, il faudra pratiquer un moratoire drastique sur certaines pêches, analogue à celui mis en place par les Canadiens, pour faire remonter les "stocks "de morue et de flétans. Et encore, le "stock" (jargon bruxellois !) ne remonte pas, et cela fait déjà trente ans que c’est en place !

Je ne me lamenterai pas sur le sort de certains pêcheurs, ayant vu en Iroise remonter un cul de chalut avec 19 tonnes de bars (oui, 19 tonnes) : rien que du petit - grand comme la main ! - partis pour faire de la farine à Loudéac... Ou encore derrière Belle-Isle, pointe des Poulains, un coup de chalut : 14 tonnes de femelles grainées répandues par terre à Kéroman à Lorient... Il y a eu près de 2 000 tonnes de bars ainsi gaspillés il y a quelques années, mettant alors à cul le Fonds d’intervention et de retrait en quelques jours... Cela n’a pas été perdu pour tout le monde ! En effet, certains pêchaient massivement le bar grainé pour récupérer les aides nationales et européennes... Pendant ce temps, les Anglais punissaient sévèrement ceux qui ravageaient les bars en période de frai. La pêche au bar devrait être totalement interdite de la dernière lunaison de décembre à la première lunaison de mars...

Je me souviens aussi de cet imbécile de La Turballe, qui une année avait chaluté au pélagique la frayère des daurades roses sous Hoedic lors de leur ponte : joli coup de filet !... Il était revenu, l’année suivante sur la frayère et avait ramassé les immatures - invendables - qu’il avait passés par-dessus bord, à la pelle, pour nourrir les goélands... Après, au Comité des pêches, il s’en vantait lourdement... Depuis ? Il n’y a plus de daurades roses...

Je ne me lamenterai certainement pas devant ces gens qui font du pélagique dans les estuaires et baies protégées... Jusqu’à ras la côte... La nuit ! (les sémaphores ne voient rien ?).

Je fais partie de ceux qui disent que ce sont les gens de l’Ifremer (biologistes, océanographes, ichtyologues, biochimistes, etc.) qui ont raison !

Cela, c’est un point de vue qui est nié par beaucoup dans le milieu de la pêche (en général par des grandes gueules qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez...) Les autres n’ont pas envie de voir leur bateau coulé ou d’avoir un accident, alors ils se taisent !... Je les comprends : quand on est capable de bouter le feu au Parlement à Rennes, on est capable de tout !...

Depuis 1975, la décroissance de ce que l’Europe bleue dénomme le "stock", est telle que l’on en arrive à rechercher des espèces de grande profondeur : le siki, le grenadier, la légine et autres animaux du même biotope... Ces poissons pêchés sur les pics sous-marins ont des cycles probables d’une centaine d’années... On est en train de les détruire... Sans compter d’autres espèces abyssales moins connues qui sont ramassées en même temps pour faire de la farine pour des poissons d’élevage qui concentrent dans les baies, les estuaires, les rias, abers et autres fjords tous les parasites qu’il faut alors éradiquer en même temps avec des sulfamides, des antibiotiques et autres molécules qui empoisonnent la mer... Lequel voisinage est incompatible avec les huîtres et autres coquillages d’élevage…

Et que dire aussi de ces recherches sur les bars, dorades, saumons transgéniques dont la croissance se fait en quelques mois au lieu de 3/4 années pour une masse corporelle double ? (laboratoire universitaire d’Edimbourg...) Que se passera -t-il lorsque les cages à poissons seront éventrées par accident ou par malveillance ?

L’été dernier à Quiberon, tous les après-midi, il y en avait même un qui rentrait au port avec un chalut ouvert devant des milliers de personnes à la plage... Soi-disant pour nettoyer son chalut : cela lui permettait de faire par hasard des "prises accessoires" (coquilles saint-jacques en août dans une zone de protection... La ralingue raclait le fond à -5 mètres…)

La pêche au chalut pélagique devra être interdite... De même que celle des filets : à quoi cela rime de filer 30 km de filets sous Belle-Isle ? C’est quoi ces "pêcheurs" qui n’hésitent pas à laisser au fond leurs filets lorsqu’ils sont trop chargés en corail et que cela les encombre ? Les filets restent au fond et continuent de pêcher pendant des années...

Nous ayons compté une fois en baie de Quiberon, la pose par 6 fileyeurs (je dis bien six !) 60 km de filets... Cela faisait 6 barrages successifs pour le poisson : la baie de Quiberon est devenue un désert à poissons ! Le seul endroit où le poisson est encore tranquille ce sont les ports de plaisance ! Alors que c’était très poissonneux jusque vers 1975.

Que foutent les "Affaires maritimes" ? Elles qui sont plus enclines à poursuivre un malheureux plaisancier qui a pêché UN maquereau, tandis que les fraudeurs industriels se livrent à leurs exactions habituelles sous leur nez ? Et les ULAM ? On pourrait en parler aussi : très prompte à s’en prendre à un pépère, ou à un gamin qui a pêché son "gorlazo" sous taille... Et qui font semblant de rien voir quand les pélagiques traînent en zone interdite en plein jour... Ou la nuit à ras la côte.... Et ces mêmes ULAM qui s’en prennent au pêcheur à pied qui ramasse 2 douzaines d’huîtres ou de palourdes et qui font semblant de ne pas voir l’ostréiculteur qui ravage les bancs d’huîtres naturelles à grande marrée haute en dehors des zones amodiées en venant draguer à ras la côte à marée haute, cela à 3 heures du matin quand les AffMars sont au lit ?

Pourquoi ces « tolérances » ? Parce que les AffMars ne veulent pas avoir d’ennuis avec les pêcheurs dits "professionnels" : casiers en feu à Auray, ou panneaux divergents et vieux chaluts en feu devant les bureaux ravagés comme à Lorient... Et donc elles se rabattent sur le pépère pour lui chercher des noises et l’envoyer en correctionnelle pour "UNE" coquille saint-Jacques accrochée dans un filet de plaisancier... Eh oui ! il faut bien faire carrière !

En plus, au niveau économique, le pétrole devient coûteux pour alimenter des bateaux gourmands en énergie... Des bateaux mal foutus qui coulent trop facilement, aux moteurs avides, pour compenser leurs manques de qualités et de finesse hydrodynamiques tout cela à cause des taxes de port, ou du manque d’imagination de ces architectes qui utilisent tous la même CAO plutôt que leur imagination...

C’est quoi ces bateaux aussi larges du cul que leur longueur ? Des bailles mal dessinées sans qualités hydrodynamiques et qui tortillent du cul : il leur faut 800 ch pour faire 12 nœuds ! Elles consomment 1 200 litres de gazole/jour ! Dans les années 1950, les "malamoks" n’avaient que 100 ch pour 12 nœuds : conso, 20 litres à l’heure ! Il faut dire que ces bateaux étaient très bien dessinés et très marins ! Ce n’étaient pas des caisses ! Les charpentiers de Marine de l’époque faisaient du très beau travail : c’étaient les héritiers des maîtres de Hache de nos grands ports. Et tout ça, cela pollue, et là aussi on ne dit rien : en été, quand il n’y a pas de vent, et que la "couche d’inversion" rabat les gaz d’échappement, on peut aisément observer les vapeurs rousses des fumées des moteurs : l’air pur et "iodé" marin en bord de côte ? Quelle blague !

Et pourquoi, n’y aurait-il pas de sanctuaires à poissons pour assurer leur protection et leur reproduction ? Pourquoi n’y a-t-il pas de récifs artificiels ? Sous Belle-île, par exemple, ou aux Birvideaux ? Ou en baie de Quiberon ? Ou sous Groix ? Etc. Ou sous Hoedic ?

Les Américains, gens pragmatiques, viennent de mouiller à Ocean-City dans le Maryland des wagons du métro new-yorkais pour faire des réserves à poissons. Dans le Delaware, une expérience menée avec 600 wagons a permis en peu de temps de multiplier par 400 la population des poissons… En plus, par ici, cela empêcherait certains irresponsables de chaluter sur les câbles électriques de l’EDF (on sait bien que le poisson s’installe facilement là où il y a des champs magnétiques alternatifs... Pourquoi au fait ?... Résultat : il y a à chaque saison des assistés aux abois qui vont chaluter ou carrément draguer à la drague à coquille sur ces zones interdites risquant l’accident et provoquant la gêne et l’ire des habitants des îles...

Et la soi-disant "psychologie" de certains pêcheurs : appât du gain rapide, goût du lucre, esprit anarchisant, n’aimant pas l’autorité... Sauf lorsqu’il s’agit de lui dénoncer son voisin qui a mieux pêché que soi ! Etc. N’aimant pas l’Etat, le conchiant à l’occasion, mais n’hésitant pas à réclamer des aides et subventions à l’occasion. On pourrait gloser là-dessus !

Actuellement à la pêche, rares sont ceux qui y vont par goût de la mer, c’est très souvent parce qu’ils ne peuvent aller ailleurs... A la pêche, c’est la matière grise qui manque... A côté de cela, il y a encore quelques marins, des ligneurs qui pêchent élégamment, à l’ancienne : qui remettent à l’eau le poisson sous taille, qui ont toujours su qu’il fallait respecter la mer et ses habitants. Ceux-là, on ne les entend pas : pourtant, ils pêchent bien et vivent bien de leur métier... Ce sont ceux-là qu’il faut admirer : ceux sont ceux-là qui sont l’avenir et l’espoir du renouveau...

Décidément, si on ne peut leur faire respecter la mer et ses richesses par voie légale, il faut laisser « nettoyer » le milieu indirectement...

A ce moment-là, les Pêcheurs, les vrais, ceux qui respectent la mer pourront revenir...

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