moyen-orient
Pourquoi l'armée libanaise n'intervient pas
© Anne Giudicelli / Bakchich - 10.05.08 | 00:53
Dès le premier jour des combats entre les partisans du Hezbollah et les éléments fidèles à la majorité au pouvoir, l’armée libanaise a annoncé la couleur : elle restera neutre. Au Premier ministre déclarant le 7 mai que son gouvernement envisageait de proclamer l’état d’urgence et un couvre-feu, le chef de l’armée, le Général Michel Souleïman, a opposé son refus catégorique. Et, au plus fort des hostilités, la grande muette est même sortie de sa réserve pour prévenir toute velléité de pression visant à la faire intervenir.
Dans un communiqué officiel diffusé le 8 mai, elle a avertit les deux camps en guerre : « la poursuite de cette situation porte un coup à l’unité de l’armée » . Ainsi qu’à l’unité du pays. Il faut en effet savoir qu’à l’instar de toutes les institutions libanaises et conformément à la constitution héritée de la fin de la guerre civile en 1989, l’armée est communautairement « mixte ». Sa hiérarchie respecte même un scrupuleux équilibre confessionnel : si son patron doit être maronite, le chef des Etats Majors est obligatoirement druze, si la Sûreté de l’Etat est confiée à un chiite, la sécurité intérieure revient à un sunnite… Obliger l’Armée à jouer au gendarme entre le Hezbollah et la majorité au pouvoir au Liban reviendrait donc à la déchirer et livrer le pays au chaos de la guerre civile. D’où sa stratégie depuis le début des affrontements : jouer le rôle d’une force d’interposition mais pas d’intervention. Par exemple, les soldats n’ont pas tenté de défaire les barrages érigés dans les rues de Beyrouth par les insurgés, y compris celles du Hezbollah.
Les éléments de ce dernier, appuyés par leurs alliés chiites du parti Amal, l’ont d’ailleurs bien compris et jouent le jeu. Les différents bureaux du Courant du Futur, la principale formation sunnite au sein de la majorité conduite par Saad Hariri, dont ses organes de presse, que le Hezbollah a attaqué puis occupé, ont tous été remis à l’armée libanaise qui les gardent désormais. Une stratégie doublement gagnante pour le mouvement chiite : en préservant l’armée, il peut faire valoir sa légitimité de parti national responsable. Et ainsi, ne pas prêter le flanc aux critiques de l’opposition, qui l’accuse d’être une milice paramilitaire au service des intérêts syriens et iraniens. Une stratégie également tout bénefice pour le Général Michel Souleïman. « L’armée ne risque pas de s’en prendre au Hezbollah » , analyse l’écrivain et journaliste libanais Fayçal Jalloul. « Le Général Souleïman est le candidat de l’opposition pour l’élection présidentielle. Et il tient à être président ! ».
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