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Eliminer les risques ou éliminer les Ogm ?
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27.05.08 | 07:33
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Quelles limites à la culturalisation de la nature ?
Une caractéristique du débat sur les OGM en France est que lorsque l’on parle des OGM, personne ne sait réellement de quoi l’on parle, puisque tout est fait, justement, par certains acteurs politiques ou médiatiques, pour éviter de bien discerner ce que sont les OGM et en quoi, à l’intérieur de cette dénomination, se trouvent des objets très différents et se rapportant à des activités n’ayant rien en commun, au sein de la recherche scientifique. Le député UMP Claude Gatignol remarquait à juste titre, lors de la table ronde d’information sur les OGM de la Commission des affaires économiques, de l’environnement et des terroirs, l’ambiguïté du terme OGM, se demandant s’il n’y a pas un problème sémantique avec le sigle OGM qui ne signifie rien en lui-même, et si on ne devrait pas plutôt parler de plante améliorée par biotechnologie ? Bien évidemment, et bien que ce ne soit pas simplement de la sémantique, le terme OGM concerne - et c’est ce qui pose le plus de questions, car touchant à l’alimentation - la production de végétaux modifiés. Mais le terme « amélioration » reste très ambigu et tendancieux, surtout lorsque l’on parle de génétique. Effectivement, améliorer génétiquement un organisme, repose sur l’idée que les caractéristiques des organismes vivants sont d’ordre génétique, et que les gènes sont malléables et modifiables à souhait, en fonction de certains objectifs de culturalisation de la nature. En imposant, par exemple, des contraintes économiques de rentabilité à la croissance des plantes, les scientifiques cherchent à améliorer de manière croissante et constante, la productivité et le rendement des cultures. Car c’est de cela qu’il s’agit au départ : améliorer le rendement, accroître la productivité, limiter l’usage de pesticides ou d’intrants (principalement sur le papier, car les modifications génétiques sont très ciblées et spécialisées), donc, orienter la production végétale vers, non pas une amélioration de la plante elle-même, ce qui n’a biologiquement aucun sens, mais vers une amélioration des objectifs finalisés de la culture agricole à l’intérieur du cadre économique dans lequel se développe cette activité humaine. Produire plus, produire mieux, tout cela dans un cadre fixé par les règles économiques en vigueur, tant au niveau international que national. Le journaliste Léon Mercadet, s’adressant au député vert Denis Baupin, dans les Matinales, affirmait il y a quelques temps : « Les députés ont prolongé le moratoire sur les OGM, il y a trois jours, c’est plutôt une bonne nouvelle... ». Le journaliste parle ici des OGM agricoles, c’est ce qui est sous-entendu dans le discours ; mais comment se fait-il que les politiciens ont maintenu un amalgame dans la loi elle-même sur la nature de l’objet OGM, et les débats qui ont eu lieu sur cette loi ? En effet, le ministre Jean-Louis Borloo a notamment critiqué la position anti-OGM de l’opposition en invoquant l’existence d’OGM pour lutter contre la mucovicidose…, qui par définition seraient des OGM outils afin de produire des molécules médicamenteuses, et non des OGM produits destinés, par exemple, à l’alimentation…
« Vous essayez de faire croire que vous êtes contre les OGM… Les OGM pour la mucoviscidose vous êtes contre ? … Ben alors ! », Jean-Louis Borloo, s’adressant à l’opposition à l’Assemblée nationale.
D’autre part, pourquoi, dans sa dernière interview télévisée, Nicolas Sarkozy a-t-il parlé de « recherche OGM » et non de « recherche sur les OGM » ? Non, ce n’est pas une faute de français du chef de l’Etat, ce n’est pas une erreur grammaticale : le terme « recherche OGM » a été sciemment utilisé par le président de la République française, véhiculant un message globalisant et labellisateur, dans lequel la distinction et le discernement sont encore une fois évités, privilégiant le recouvrement de la problématique, et son enfouissement dans une généralisation abusive et communicative.
Qui a lancé le terme OGM dans la culture et qui a laissé faire ?
Il est des mystères on ne peut plus mystérieux. L’origine du terme « OGM » fait partie de ceux-là… Selon, Jean-Pierre Berlan, le terme OGM a été inventé par des scientifiques de la Monsanto Company, mais en y regardant de plus près, la manière dont a été lancé le terme OGM dans la nature, ou devrait-on dire, la culture, ressemble étrangement à des techniques issues de la mémétique, bien connues entre autres par le mouvement idéologique des Bright’s, qui les applique à sa propre communauté de pensée. Effectivement, pour adhérer au mouvement des Bright’s, il faut tout simplement… déclarer en être un : le mouvement international des Brights c’est avant tout chaque homme et chaque femme de la planète, qui, individuellement, affirme publiquement « Oui, Je suis un Bright ! » ou « Oui, Je suis une Bright ! ». Et par cet effet de nomination symbolique, qui sous-tend par ailleurs l’acceptation de certaines valeurs culturelles, vous intégrez une communauté, dont l’objectif est de s’étendre et croître dans la société, par imitation culturelle. L’un des fondateurs du mouvement Bright France, Michel Naud, est d’ailleurs le président de l’AFIS, association qui a affiché un soutien sans faille au lobby promoteur des OGM, en étant notamment à l’origine d’une pétition en faveur des OGM de type mon810. Un mème est défini comme un élément d’une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation, selon l’Oxford English Dictionnary. Cette tentative de conceptualiser une forme d’ordre génétique à la culture n’est pas sans rappeler certaines formes de pensée assimilables à du darwinisme social - bien que ne se réduisant pas qu’à cela - culturalisant l’idée de lutte pour la survie ou encore de compétition entre les espèces, que l’on peut approcher des compétitions et des luttes économiques entre les entreprises et les différentes nations. Ainsi, le terme OGM s’est imposé comme une « solution culturelle » pour faire passer l’idée de modifications génétiques industrielles, et en tant que complexe mémétique, il est un terme nébuleux, destiné à communiquer et diffuser facilement une idéologie globalisante et totaliste dans la société, en rapport à ces technologies. La force du terme OGM est qu’il est un acronyme, facile à retenir et imprégnant rapidement et facilement le cerveau par martelage médiatique. Il se communique donc facilement et est facilement mémorisable, réutilisable et reproductible pour évoquer tout un ensemble du spectre des biotechnologies, dites artificielles, ou de laboratoire. Réfléchir sur la question et sur la problématique de cette technologie OGM nécessite une pensée beaucoup plus élaborée et conceptuellement ordonnée, mais la simplification grossière et outrancière du débat de société, voulue et prédéfinie par la diffusion de ce terme OGM, n’a pu que scinder les positions en deux camps opposés : les promoteurs et les anti, dans une querelle idéologique et réactionnaire sans fin et sans issue.
Un argumentaire de camps conflictuels et une logique industrielle déterminée
Un argument avancé en faveur des anti-OGM est que les organisations militant pour le retrait de ces technologies ne le font sans aucun intérêt financier, contrairement aux industriels de la génétique, qui bien évidemment ne peuvent quant à eux que supporter ces produits, leur existence même en tant qu’activités industrielles en dépendant. Ces dernières laissent donc l’impression de tout faire pour minimiser les risques, voire la reconnaissance de leur existence. Mais un contre-argument avancé en réponse est que si les anti-OGM ne militent pas en fonction d’intérêts financiers, ils le font quant à eux en fonction d’intérêts idéologiques, ce qui, selon certains, serait plus grave encore qu’avoir des intérêts financiers… Cet argument réducteur et trompeur semble indiquer très étonnamment qu’avoir des intérêts financiers n’est pas d’ordre idéologique et, pire, que ne pas avoir d’intérêts financiers suppose automatiquement d’avoir des intérêts idéologiques. Un tel raisonnement est tout à fait inepte et non généralisable, et montre bien le niveau de non-débat existant au niveau des médias professionnels, pris dans une rhétorique pro/anti, sans pouvoir opérer réellement un recul objectif sur la question, quels que soient les a priori personnels que l’on peut avoir sur la question.
Mais en observant de plus près ce qui fait lieu de débat, on peut s’apercevoir que l’idéologie globalisante se retrouve souvent non pas du côté de certains anti, mais plutôt chez une grande partie des promoteurs de ces technologies. Effectivement, chez les anti les mieux "nantis", la dialectique est clairement de séparer les classes d’OGM et de bien définir et éclaircir les amalgames existant au niveau de ces technologies, en distinguant les OGM dédiés à la recherche confinée ou fondamentale des OGM industriels ou commerciaux, et les OGM outils des OGM produits. En mettant tout dans la même catégorie, les promoteurs des OGM censurent le débat sur la nécessité et l’utilité d’autorisation de mise sur le marché des différents OGM selon leurs classes, tout en reconnaissant, pour certains, les dangers potentiels et irréversibles de leur dissémination, mais dans une logique superficielle de "cas par cas".
L’idéologie générale instituée chez les promoteurs de ces technologies se résume assez bien dans les discours des entrepreneurs de cette idéologie eux-mêmes, dont l’objectif est la croissance de leur business dans toutes les branches de l’industrie, sans distinction aucune, et avec le moins de restrictions possible selon la market ideology :
« Nous sommes le leader dans le champ de l’évolution moléculaire dirigée, le processus par lesquels les gènes sont modifiés pour des usages commerciaux spécifiques. Nous nous attachons à créer des thérapeutiques nouvelles et des produits industriels utilisant nos technologies intégrées. Nos technologies apportent des avancées à la fois en biologie moléculaire et pour la modification des protéines afin de créer des produits biotechnologiques à haute valeur ajoutée. Contrairement aux technologies conventionnelles, nos approches demandent une compréhension minimale des systèmes biologiques complexes sous-jacents et peuvent ainsi aider à développer des produits plus efficacement, plus rapidement et de manière plus rentable. Nous avons conçu nos technologies pour améliorer rapidement les produits biotechnologiques existant aussi bien que pour créer de nouveaux produits qu’il serait difficile voire impossible de développer au travers d’autres procédés.
Notre principal objectif est de commercialiser de multiples produits à haute valeur ajoutée dans un large éventail d’industries incluant les thérapies humaines, l’agriculture et la chimie. Nos produits seront développés et mis sur le marché au travers de collaborations avec d’autres firmes ou indépendamment par nos propres activités. A ce jour, nous avons établi des collaborations avec plusieurs leaders dans nos industries ciblées. » Extrait d’une présentation d’une entreprise de biotechnologies américaines trouvée sur le net, et très représentative de l’idéologie générale prônée par les institutions et professionnels du domaine.
Compréhension minimale des systèmes biologiques engagés pour la fabrication des produits biotechnologiques, rentabilité, efficacité à court terme et irremplaçabilité, voilà le credo communicatif institué par les entreprises de biotechnologies. En d’autres termes, des perspectives de profits à court terme à moindres efforts et moindres frais : une nouvelle niche de profits. Il apparaît très clairement que les entreprises de biotech ne sont pas dans une démarche scientifique, mais bien dans une démarche grossière de business et de développement d’innovations sur des marchés définis et créés de toutes pièces par les autorités de régulation de ces technologies au niveau du commerce. Les implications des technologies dans l’environnement et sur les organismes eux-mêmes sont éludées de fait, en posant comme principe, que leur développement ne nécessite qu’une compréhension très limitée des systèmes biologiques utilisés et, a fortiori, des impacts de la technologie sur les systèmes biologiques eux-mêmes. Cette position, qui n’est pas une position philosophique, mais une position d’évacuation maximale des contraintes de ces activités d’innovation est reprise par la Commission du génie biomoléculaire (CGB) française :
L’évaluation des risques potentiels pour l’homme et pour l’environnement liés à la dissémination d’un organisme génétiquement modifié est d’autant plus facile que la modification génétique (transgène) est aussi limitée que possible et que sa nature est parfaitement connue.
Encore une fois, il s’agit là de limiter la technologie au réductionnisme de l’opération de transgénèse, sans du tout prendre en compte le système biologique complet qui est impliqué par l’opération de génie génétique, ni chercher à comprendre en profondeur les impacts de cette expérimentation sur les systèmes biologiques considérés.
La CGB va plus loin :
Les biotechnologies et tout particulièrement le génie génétique doivent avoir pour but non seulement d’augmenter la qualité de la production, mais aussi le niveau de sécurité des produits.
Comment peut-on affirmer que les biotechnologies vont vers plus de sécurité, alors que dans les fondements opératoires mêmes de leur développement, on néglige l’impact de la technologie elle-même sur le système biologique considéré ? Cela n’a tout simplement aucun sens, et ce réductionnisme institutionnel est tout simplement infondé : en admettant que l’augmentation du niveau de sécurité soit considéré comme primordial pour les autorités, vous pouvez essayer par vous-même d’équilibrer l’équation suivante pour vous en rendre compte :
| Augmentation du niveau de sécurité = Compréhension minimale des systèmes biologiques + ? |
Dans ce cadre, comment s’étonner que les risques soient minimisés par les pouvoirs politiques et que l’opinion du public, globalement défavorable à l’idée d’être les cobayes de l’agro-industrie, ne soit pas prise en compte par les pouvoirs décisionnels ? Mais, plus grave, comment expliquer que l’on légalise des produits dont les scientifiques ont des doutes eux-mêmes sur la nocivité à long terme, ce qui concerne non pas tel ou tel produit génétiquement modifié particulier (principe du cas par cas), mais bien l’ensemble des produits obtenus par modifications génétiques par classes de produits, comme par exemple l’ensemble des OGM agroalimentaires ?
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